MARS & VENUS, PHASES D’OPPOSITION



2017, film numérique 35mm, 10:16 min.
Réalisation : Julien Audebert
Directeur de la photographie : Antoine Parouty
Production : Julien Audebert, Arter/ Vivanto, Art concept gallery
Danseuse : Alice Renavand, danseuse étoile à l’Opéra de Paris
Partenaires principaux : Institut de Mécanique Céleste (IMCCE) et Observatoire de Paris
Réalisé avec le concours de la DRAC Île-de-France (aide individuelle à la création 2016)
et la participation du Fresnoy Studio National des Arts contemporains

Collection du Fonds National d'Art Contemporain (copie n°1)

La danse nuptiale des deux astres, qui se déploie durant les 10 minutes de Mars & Vénus, phases d’opposition, fut filmée avec une prise unique durant la journée du 10 mars 2016.
Le tournage s’est déroulé par 4° dans une ancienne usine de chaudières industrielles et de « grilles mécaniques » à la Courneuve, sur un plateau de 6500 m² inchauffable.
L’équipe, composée de 23 personnes, ne devait à aucun moment apparaitre durant le long travelling circulaire, qui embrassait l’espace à 360°. Une régie fut donc installée dans un autre espace, le jouxtant, qui devait aussi, à l’époque du plein emploi, être utilisé comme une sorte de régie, ou de salle de contrôle pour l’acheminement des éléments de machines par le rail.
C’est ici que les 2 mouvements de panoramique avec la caméra devaient être activé, la régularité du travelling assurée (via la dolly automatisée), plus tout ce qui concernait le contrôle de l’image et du son (à l’exception du pointeur, qui était perché sur une poutre à 15 mètres de hauteur au-dessus de la danseuse... seule personne d’ailleurs présente avec la danseuse pendant la prise).

Il fallait que l’espace soit suffisamment profond pour qu’il disparaisse dans la pénombre, se dissipe dans le noir au-delà de l’éclairage central installé au-dessus de Vénus. Il fallait littéralement qu’elle danse dans un espace hors-de-mesure, même si sa nature terrestre et architecturale y est totalement assumée et revendiquée. Ça devait être un « espace » point. Sa mesure (la scansion des colonnes) devait s’estomper et disparaitre dans le lointain.

Le film n’est ni vraiment une fiction, ni vraiment un documentaire (ce pourrait être la restitution filmique de ce qui fut une performance avec 23 participants). Hormis le travail important sur la lumière, le seul véritable élément de mise en scène est la robe que porte Alice/ Vénus. Faite dans un tissu qui ressemble à une méduse, flottant comme un ralenti, il suffit à créer ce contraste très fort avec l’environnement industriel et masculin.

Il est difficile de désigner le statut précis de Mars & Vénus, et j’aime conserver cette indétermination autour de sa nature.
Comme film de danse, il y a un récit qui est celui d’un jeu de fuite et de séduction avec la caméra-Mars ; c’est aussi très rigoureusement un document d’astronomie, puisque nous assistons exactement, (mis à l’échelle humaine, donc compressé en espace et en temps), à la mécanique céleste et à la rétrogradation de Vénus.
S’il y a bien un lien fondamental à la mesure dans tout mon travail, il s’agit de la question de l’échelle, de la mise à l’échelle qui a à voir avec le déploiement d’un espace : c’est précisément le rapport d’échelle qui induit un autre rapport, particulier, au spectateur.

En reconstruisant la mécanique céleste avec la machinerie du cinéma, le film donne à voir le phénomène de la danse et la traque de Vénus par l’oeil de Mars. Mais cela reste une caméra, qui filme une danseuse. La mesure, dans son sens le plus musical et chorégraphique, y est aussi bien sa condition de déplacement, le « rythme de son coeur », que le cadre implacable avec lequel le corps est éprouvé, et avec lequel il doit se « mesurer ».
Le changement d’échelle de tout le système est le geste qui rend le film possible (c’est à dire rendre observable le phénomène). Mais il n’y a plus vraiment d’extériorité et d’intériorité, c’est quelque chose qui passe par le beat, la synchronisation des pas avec le beat, la vitesse de la dolly ... Tout cela ensemble produit l’objet-film, c’est comme un calage généralisé, une conformation technique-nature-mouvement. Mouvement qui est le résultat et la condition de la mesure.

Julien Audebert, 2016



2017, digital 4K movie, 10:16 min.
Director : Julien Audebert
Director of Photography : Antoine Parouty
Music & Sound : Kerwin Rolland, Julien Audebert
Dancer : Alice Renavand, prima ballerina from Opéra de Paris
Production : Julien Audebert, Arter/ Vivanto, Art concept gallery
Principal partners : Institut de Mécanique Céleste (IMCCE) and Observatoire de Paris
Produced with the support of DRAC Île-de-France (aide individuelle à la création 2016)
with help from Le Fresnoy Studio National des Arts contemporains

Fonds National d'Art Contemporain collection (France) (1st copy)

Mars & Venus, opposition phases, is an unique sequence-shot about the machinery of cinema and celestial mechanics. It is a sound film about appearances and reality, an experience about the place of the viewer.
Beyond the geometric and scientific project basis, the film develops a tension between the relentless astronomical measurement, and the body of a dancer. The body and the machinery (incarnation of the celestial mechanics) are caught in a dialectical relationship of agreement and struggle.